| L’arithmomanie est-elle artistiquement compatible ? |
|
|
|
|
Un arithmomane est obsédé par les nombres. Plusieurs artistes peuvent être qualifiés d’arithmomane. On pense, par exemple, à Roman Opalka qui, depuis 1965, retranscrit la série infinie des nombres naturels depuis zéro. On peut penser à l’œuvre d’On Kawara intitulée One Million Years (Past) (1970), qui répertorie en dix volumes de deux cents pages le million d’années allant de 998031 av. JC à l’année 1969. Christian Boltanski n’est peut-être pas arithmomane. Mais les chiffres comptent pour lui. Et ce qui va avec les chiffres, à savoir les énumérations, c’est-à-dire aussi bien les listes. Lorsqu’il projette de nommer tous les habitants de la Terre pour l’an 2000, il s’aperçoit qu’il lui faudra trois ans et demi : le décompte des morts et des naissances dans l’intervalle ne lui aurait jamais permis de faire une liste exacte…
L’obsession du nombre est ici au service d’une réflexion sur l’individu et la masse : comment l’unique résiste au nombre ? Comment notre individualité survit au collectif ? Pour Christian Boltanski, il y a un vertige du nombre qui se retrouve dans son souci d’exhaustivité. Lorsqu’il écrit en 1973 à un musée : « Je voudrais que, dans une salle de notre musée, soient présentés tout les éléments qui ont entouré une personne durant sa vie et qui restent après sa mort témoignage de son existence », il démontre par une requête impossible comment l’individu unique est une totalité aussi irréductible que la somme des êtres vivants. De l’Un au Multiple, il y a une forme d’identité qui travaille en creux le travail toujours inachevé de Christian Boltanski. |















