| Le culte des reliques, un projet d’art contemporain avant l’heure ? |
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Dès les premiers siècles, les chrétiens conservent précieusement les reliques de leurs martyrs. Ossements, vêtements, objets touchés par le saint personnage, chaque vestige matériel est réputé contenir une part de la virtus (force) de celui que l’on vénère. On expose alors les reliques aux jours de fêtes et on attend d’elles des signes, voire des guérisons ou des exorcismes. Au Moyen Age, le culte des reliques prend d’immenses proportions, donnant lieu à des trafics et des fabrications de faux. Des saintes reliques du Christ (sang, vêtement, morceaux de la croix) aux reliques des saints, le principe est d’exposer des « restes » et de les laisser « agir ».
D’une certaine manière, il n’en va pas autrement dans l’art de Christian Boltanski : les reliques ne sont plus des reliques de saints, mais des vestiges d’anonymes, des traces d’inconnus, avec lesquels il semble être question de communiquer. Boltanski cite ainsi Roland Barthes parlant de la photographie : « La photo est littéralement une émanation du référent. D'un corps réel, qui était là, sont parties des radiations qui viennent me toucher, moi qui suis ici; peu importe la durée de la transmission ; la photo de l'être disparu vient me toucher comme les rayons différés d'une étoile. » Ce qui se « passe » alors échappe à toute réduction rationnelle : il s’agit d’articuler corps disparu et présence éternelle autour d’une certaine idée de l’exposition, une façon de rendre manifeste qui laisse advenir l’émotion. |















