| Vitrines de références, une œuvre fondatrice |
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Pour Christian Boltanski, les musées sont « des lieux sans réalité, des lieux hors du monde, protégés, où tout est fait pour être joli ». Ce que l’on y trouve est toujours décontextualisé, mis à distance, comme anesthésié par la rigueur conservatrice : la vie n’y a pas sa place, l’individu non plus. Quelque chose comme le musée de l’homme, par exemple, est presque une contradiction dans les termes. En 1971, l’artiste crée des vitrines qu’il appelle « Vitrines de références » (sans doute pour leur donner une valeur générique) et qui sont des vitrines tout à fait classiques où sont exposés divers objets plus ou moins personnels, ainsi que de menus vestiges archéologiques. La vie même de l’artiste s’expose, comme on pourrait la trouver dans un quelconque musée, surjouant alors le caractère impossible de cette exhibition. Les Vitrines de références sont la forme déjà aboutie d’un paradoxe qui va nourrir la recherche de Christian Boltanski : comment rendre compte de ce qui n’est plus, comment témoigner du passé, comment le faire revivre, comment redonner vie aux morts ? En mimant les procédures muséographiques, l’artiste en souligne la vacuité. Loin de tout effet esthétique ou d’une quelconque dramaturgie apparente, les Vitrines de références empruntent au vocabulaire conceptuel de l’archivage et du relevé minutieux (on pense à Stanley Brouwn et Three steps, 1973, ou encore au célèbre statement de Douglas Huebler : « Le monde est rempli d’objets plus ou moins intéressants ; je ne désire pas en ajouter »). Mais en prenant à son propre piège le système muséographique, Christian Boltanski en fait ressortir le fond nostalgique : la poussière elle aussi peut devenir vecteur d’émotions. |














